Conférence bien-être au travail : quelle posture pour les leaders ?

Ce lundi 1er octobre s’est tenue au Sénat, la troisième conférence ayant trait au bien-être au travail.

Toutes ces réflexions, ces échanges ont pour objectif de trouver un équilibre plus juste, plus ajusté entre le social et l’économie. Il est évident, de mon point de vue, que la performance économique est étroitement liée au bien-être des travailleurs.

Nier cette évidence, c’est continuer à penser en silo une question qui est pourtant systémique et qui nécessite une approche transversale à la fois économique et sociale. L’humain est une richesse stratégique de l’entreprise, il est indispensable de le replacer au centre du sujet.

Etre leader, comment faire face aux changements ? Quelle posture aborder ? 

Pour apporter quelques lumières sur ces questions centrales, j’avais sollicité autour de moi, Stéphane ROUSSEL, membre du directoire de Vivendi et PDG de Gameloft ainsi que Sammy KALLEL, coach et auteur du livre « le leadership du cœur ».

En introduction j’ai tenu à rappeler que la société est confrontée à trois grandes fractures.
La fracture environnementale : nous savons qu’au mois de mai pour les pays occidentaux et au mois d’août pour le monde, nous sommes sur des réserves naturelles d’années suivantes… jusqu’à quand ?
Cette fracture met en lumière notre relation avec la nature.
La fracture sociale : elle a différents visages. Nous sommes de plus en plus nombreux sur la planète. Nos règles de vie doivent évoluer.
On parle aussi des fractures sociales dans les entreprises où malgré les lois, les rapports sociaux sont de plus en plus compliqués.
Cette fracture met en lumière la relation que nous avons avec l’autre.
La fracture de la perte de sens : cette fracture est liée aux 2 autres. C’est aussi la plus intime, elle nous parle de nous.

Pourquoi travaillons-nous ? A quoi ça sert ? Quel est mon rapport à l’autre ? Suis-je utile?

Parfois même on peut avoir le sentiment que non seulement ce qu’on fait n’est pas utile mais est contre nos valeurs fondamentales.

Nous vivons deux grandes révolutions : la révolution numérique et la révolution des neurosciences qui impactent notre vie, nos besoins, notre relation au travail et dans le travail, ainsi que notre relation au monde.

En conséquence de tous ces changements, le monde du travail est en pleine mutation, en pleine transformation, et cela nous oblige à nous remettre en question.

De plus, nous parlons beaucoup du bien-être vu par les travailleurs mais on occulte souvent la situation des managers, patrons et leaders. S’il peut être vécu comme un dogme pour les leaders de devoir apporter du bien-être en entreprise, cela amène sans doute à négliger le fait que les premiers à devoir avoir cette prise de conscience sont les leaders eux-mêmes. A force de mystifier la fonction de patron/manager, on en oublie leurs propres besoins.

Comment doivent-ils et peuvent-ils se positionner face à tous ces changements ?

Stéphane ROUSSEL, qui a une grande expérience dans le management partageait le fait que l’arrivée de nouvelles générations dans le monde de l’entreprise et leur expérience du numérique avaient modifié les modes de management. En rabattant les cartes avec l’arrivée du digital, cela oblige à s’occuper de l’humain. Le gens sont en recherche d’authenticité.
Les leaders ont donc dû tenir compte de nouveaux comportements face au travail (la notion de temps de travail est complètement bouleversée).
Cela est sans doute encore plus vrai dans des secteurs comme celui de la société Gameloft (créatrice de jeux vidéo).

Il invite les entrepreneurs à avoir plus d’agilité et de souplesse en tenant compte des besoins de l’entreprise.

Le travail en entreprise est vu comme générateur de mal être, ce qui explique en partie en France on lutte pour la réduction du temps de travail.

La « monnaie » pour lui est la plus-value que le salarié apporte à l’entreprise et elle ne se résume pas à la seule notion de travail.

« Nous ne sommes plus dans le prêt à porter, mais dans le juste à porter »

Il a évoqué la reconnaissance de la singularité des individuset la force de l’intelligence collective face à ces changements dans le monde du travail. Moins une personne, et encore moins un dirigeant, aujourd’hui peut régler un problème seul, étant donné la complexité de l’environnement de travail.
Ca va si loin que lorsque le collectif règle un problème, cela dilue en quelque sorte le porteur initial de l’idée dans ce collectif, ce qui est une tendance intéressante.

Il notait par ailleurs qu’il voyait à l’avenir de plus en plus de dirigeants avoir des profils de DRH que de financiers. En réalité, cela traduisait pour lui une certaine réalité car le véritable dirigeant doit avoir un profil de DRH caractérisé par la prise en compte de la personne dans toute sa dimension.

Pour lui, l’un des éléments essentiels et fondateurs reste que l’on doit donner du sens à nos entreprises. Le « pourquoi » est sans doute un des griefs principaux aujourd’hui qui est fait par les travailleurs. Le « comment » ne doit venir qu’ensuite. Il a pris l’exemple du fondateur de Apple qui s’est avant tout demandé qu’elle allait être la plus-value de son entreprise dans la société. Ensuite, il a décliné cette vision à long terme en une certaine gamme de produits. Il faut donc partir du long terme pour revenir sur le court terme.

Mais être leader au fond n’est-il pas cela ? Donner du sens ?
Stéphane ROUSSEL a lourdement insisté sur cet aspect des choses et je ne peux que le rejoindre.

Pour agir face à certains changements, il est aussi important d’aller questionner les neurosciences qui ont beaucoup progressé ces dernières années afin d’expliquer le fonctionnement du cerveau.

Il était important à mes yeux que nous posions un regard scientifique sur nos modes de fonctionnement car la solution est, bien plus souvent qu’on ne le pense, en nous. Samy KALLEL nous a démontré que notre cerveau fonctionnait sur deux modes.

D’une part avec le mode automatiquequi maintient l’existant : basé sur le savoir, sur ses convictions, sur des habitudes, c’est le mode manager, gestionnaire, contrôle, utile quand tout est simple, mais inefficace s’il y a changement.

D’autre part avec le mode préfrontal : c’est le mode créatif, qui peut s’ouvrir quand la situation est plus complexe, nouvelle…, c’est le mode du leader qui va vers la nouveauté, qui s’appuie sur laconnaissance(naître avec …).

Le mode automatique doit se déconnecter pour laisser la place au préfrontal mais souvent la peur du changement fait qu’il refuse ce qui génère le stress, c’est pourtant un signal pour dire qu’il y a une incohérence dans le raisonnement.

Apprendre à savoir basculer en mode préfrontal devient une nécessité car c’est dansce mode que le changement peut se faire. Il est créateur de sens. Pour autant, basculer de l’un à l’autre peut poser problème.

Ce n’est pas si facile car il existe une sorte de saboteur en nous qui épuise l’énergie du leader et le maintien dans un monde figé : c’est l’arrogance, la certitude figée, la peur, le jugement, l’obsession, le trop, la sur-exigence, le « il faut » (qui augmente la sensation de subir)

Le mode préfrontal accepte la question alors que le mode automatique préfère la réponse connue. Si le préfrontal accepte la question qui se pose à l’extérieur et celle du changement qui  se pose en lui, alors, ces deux questions sous forme de point d’interrogation se font face et on peut y voir un cœur.

Samy KALLEL rappelait à juste titre que le cœur, c’est ce qui va permettre de créer cette alliance entre « ce que je sais et ce que je ne sais pas encore », c’est cela qui peut donner le courage et la force a un entrepreneur d’aller dans l’aventure.

Le mot courage vient du mot cœur. Le cœur met en mouvement, sans lui l’entrepreneur reste au niveau des idées.

Beaucoup de gens ignorent que le cœur est un réseau de 40 000 neurones qui envoie plus d’information au cerveau qu’il n’en reçoit, selon le centre d’étude du cœur Earth math (USA).  Celadémontre la nécessité de l’alliance entre le cerveau et le cœur pour être le plus lucide.

En synthèse, pour Samy KALLEL être dans le cœur, c’est avoir des qualités d’accueil et de courage. Avoir le courage de se mettre dans l’accueil des questions, de ce qui est nouveau.

Samy KALLEL, dont je recommande la lecture du livre, a développé ensuite quels sont les 5 éléments clés qui permettent une réelle posture favorable pour le leader :

  • La connection : aux autres et à soi dans une bonne qualité d’attention car « le plus beau cadeau que l’on peut offrir aux autres c’est sa qualité d’attention »
  • L’ouverture : accepter de libérer l’expression et recevoir des critiques qui peuvent déstabiliser et cela suppose beaucoup d’humilité, un désir d’authenticité.
    Faire cela c’est accepter sa vulnérabilité (selon Brené BROWN, chercheuse américaine en sciences humaines et sociales).
  • L’engagement : c’est le passage à l’action, c’est le besoin de sentir la force de concrétisation. L’engagement c’est aussi la fiabilité du manager son oui est un oui, son non est non.
    Cela suppose qu’il soit clair avec lui-même. C’est ici que l’authenticité avec soi et avec les autres est importante. Et Samy KALLEL de rejoindre Stéphane ROUSSEL en rappelant ce que disait Nietzsche : « Si on a un pourquoi assez fort on est capable de faire face à n’importe quel comment »
  • L’unicité et même la singularité dont Stéphane ROUSSEL a parlé est également un élément essentiel : le mode automatique du cerveau a besoin de généraliser mais attention à la routine.
    Voir l’unique pour un leader c’est découvrir où est le génie de ses collaborateurs et comment libérer ce génie.
  • Le rythme : « ce n’est pas en tirant sur la tige d’une plante que l’on va la faire pousser plus vite ». Samy KALLEL a insisté sur ce point car il y a un rythme pour tout, faire les choses avec cœur, c’est être à l’écoute du rythme de chacun.
    Il y a un temps où l’on porte et un temps où l’on doit se laisser porter. Les changements s’accélèrent et le leader doit apprendre à faire confiance et se laisser porter par ses équipes.

Après une séquence d’échanges soutenus et riches avec la salle, pour conclure notre soirée, j’avais demandé à Vincent AVANZI (Chief poetic officer) de venir apporter une touche culturelle et poétique. Je vous invite à découvrir quelques vers du poème qu’il a partagé avec nous et qui m’ont marqué.

« Entre capital humain et leadership éclairé de demain,
« On ne naît pas leader, on le devient » main dans la main.
Sur le parchemin de notre destin commun pour enfin ne faire qu’Un
Est inscrit au masculin et au féminin le génie humain au service de demain.

Coécrivons l’avenir avec nos âmes de construction massive,
Tous sublimes de l’Intime à La Team dans l’intelligence collective.
Derrière chaque actif économique se cache un être humain fantastique
Et c’est en se plantant qu’on se cultive dans le champ de tous les possibles. »

Auteur : Vincent AVANZI

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