Bien-être au travail : face aux constats et aux mutations, comment penser l’évolution de notre économie ?

Le lundi 20 mai, nous avons organisé notre 4 ème conférence au sénat sur le bien-être au travail

Nous nous sommes posés la question de l’évolution de notre économie.

Nous traversons en ce moment de grandes fractures qui nous demandent de repenser le sens de notre économie et par là même le sens du travail. Depuis quelques années, ces fractures ont apporté leur lot de souffrance au travail jusqu’à faire émerger le besoin de bien-être au travail.

Il existe plusieurs pistes de recherches sur le bien-être au travail et l’objectif de mes conférences est d’en explorer certaines, tout en sachant qu’il n’y a pas de vérité.

Pour la dernière conférence de ce cycle, j’ai voulu qu’on se questionne sur les mutations qui obligent notre économie à évoluer en tenant compte de ses ressources humaines, environnementales, et du sens du travail.

Avant tout, je remercie les conférenciers pour être revenus faire part de l’avancement de leur sujet et je vous renvoie à mes articles précédents pour découvrir leurs travaux.

Ici, je voudrais concentrer cet article sur les mutations qui obligent l’économie à se réinventer.

Pour les prendre en compte, j’ai fait appel à deux organismes :  l’INRS, une institution de recherches scientifiques créée en 1947, qui travaille sur la santé au travail et qui est gérée par un Conseil d’administration paritaire et la Fabrique Spinoza, un think tank créé en 2011, issu de la société civile, dont la vocation est de mettre en avant un mouvement du bonheur citoyen par desvisions (dans le sens de visionnaire) nouvelles et des méthodes expérimentales et collectives.

Dans mon introduction, de façon à ce que nous puissions tous parler le même langage, je suis revenu sur quelques notions et leurs définitions par leur étymologie

Eco vient du grec qui veut dire maison

Le mot économie sous entend l’art de bien administrer une maison et de gérer des biens.

Le mot écologie sous entend la science, le langage de la maison. Cette expression nous renvoie de notre maison personnelle, notre écologie intérieure jusqu’à notre planète Terre.

Le mot politique, veut dire gérer la cité, la vie civile. En Grèce antique, la première raison à bien gérer une cité était de préserver la paix et les biens pour ses citoyens.

Avant la renaissance, la philosophie et l’économie étaient deux notions reliées.  A la renaissance, l’économie s’en est détachée pour se relier à la politique comme une discipline différente de la philosophie avec comme objectif plus affiché, celui de gérer la circulation des bien matériels, distincts des biens de l’esprit d’un pays, donc de sa philosophie.

Quand j’ai commencé à travailler sur le sujet du bien-être au travail, j’ai senti une frontière très marquée entre la santé au travail (enjeu de santé publique, encadrée par des lois) et le bien-être au travail ou le mieux vivre en entreprise. (d’inspiration plus philosophique et sociétale au départ, scientifique ensuite et dont les idées et les travaux viennent souvent de la société civile ).

Pour ma part, je suis autant sensible au bien vivre ensemble, que je suis persuadé de notre besoin d’une économie forte parce qu’il y a derrière des enjeux systémiques :

– le maintien de la paix et du vivre ensemble.

– Le développement de nouvelles innovations comme le monde digital et  l’intelligence artificielle.

Alors, comment préparer notre avenir ? Notre place économique, sociale et philosophique ?

Vincent Grosjean de l’INRS et Alexandre Jost de La Fabrique Spinoza nous ont chacun fait part de leurs recherches et de leurs constats sur les mutations et les conséquences dans l’économie de demain.

Vincent Grosjean, chercheur et psychologue est parti d’un constat scientifique et Alexandre Jost, centralien, metteur en mouvement, d’un constat plus sociologique et philosophique.

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En 2002, suite aux souffrances au travail, la commission européenne a mis dans son agenda de santé au travail, l’étude du bien)être au travail. Vincent Grosjean a été un des premiers scientifiques à travailler sur cette notion de bien-être au travail.

Il a développé ici 3 points :

  • Comment est-on passé de la santé au travail au bien-être au travail ?
  • Comment la logique de l’entreprise se redessine ?
  • Que faire face à la montée de la conflictualité vue la multiplicité des objectifs ?

Pour Vincent Grosjean, son premier constat est celui de l’évolution de la demande de performance.

La conception de la performance de l’entreprise est liée à la quantité de travail demandée aux salariés. En tant que scientifique, il constate l’élargissement des problématiques de risques physiques vers des risques psychosociaux -RPS-, de stress, de burn-out et de toute sorte de formes d’épuisements en parallèle des maladies musculo-squelettiques .

Vincent appelle ces pathologies : les pathologies de l’hyper sollicitation.

Face aux problématiques économiques, comment faire entrer l’objectif de la performance avec la problématique de l’hyper sollicitation ?

Il faut inventer une autre conception de la performance qui  va intégrer le bien-être au travail comme étant un des éléments de la performance.

Ce sujet est d’autant plus important aujourd’hui que se rajoutent d’autres problèmes, comme une structure organisationnelle très mouvante, et d’autres objectifs de performance comme l’attention aux ressources environnementales et plus particulièrement à la planète.

La logique de l’entreprise se redessine : Vincent Grosjean a fait ressortir des exemples des pays scandinaves qui appliquent de nouvelles conceptions de performances par une politique de l’attractivité des métiers ou en lien avec les métiers, afin que l’entreprise puisse réduire le taux d’absentéisme ou de turn-over de ses salariés. C’est à ce moment là que les premières sociétés ont posé le concept de bien-être dans leurs entreprises.

Pour ajuster les besoins des uns et des autres dans l’entreprise et toujours avec comme finalité la performance de l’entreprise, Vincent Grosjean préconise une évolution des systèmes organisationnels et plus particulièrement ceux du dialogue et de l’installation d’espaces de dialogue.

Comment faire face à la montée de la conflictualité dans les entreprises vu la multiplicité des objectifs ?

Comment une personne de l’équipe commerciale peut-elle comprendre les besoins d’une équipe technique et vice versa sans dialogue direct ?

1/ Par la mise en valeur de la logique d’auto régulation par les salariés. Par l’installation de protocoles pour que l’individu puisse exprimer qu’il est proche de la limite. Cette idée est la même pour une équipe, un collectif, voire même pour une entreprise. L’indicateur est l’expression des émotions. C’est par elles, qu’il peut y avoir des prises de consciences.

Mais ces dialogues sont souvent difficiles parce qu’ils peuvent entraîner 2 problèmes.

– le patron peut se sentir mis en cause, responsable des facteurs organisationnels,

– le salarié peut se sentir mis en cause, incapable de tenir le rythme qui lui est demandé.

Il est donc important pour Vincent Grosjean et l’INRS de dépasser ce genre de conflit, de changer les conflits en dialogue en passant par les débats pour parler de performance en tenant compte des ressources et des environnements

2/ Création d’espaces où l’on parle des tensions. Les individus sont de magnifiques capteurs de tensions.

Les conflits intrapersonnels vont devenir des débats interpersonnels qui ne sont pas des débats de personnes, mais de position, de posture, d’objectifs et donc de faire en sorte que ces sujets deviennent pacifiés.

Vincent Grosjean se positionne comme un spécialiste de cette question.

En conclusion, Vincent Grosjean invite le politique à prendre en compte cette question et de réguler les objectifs des entreprises en pensant le long terme.  

Alexandre Jost, Centralien, rejoint Vincent Grosjean sur le fait que les constats organisationnels sont les conséquences des mutations . Il a insisté dans son exposé sur l’origine de ces mutations dont certaines sont pour lui visibles et d’autres invisibles mais qui transforment notre monde. Il les classe en 4 chapitre, du plus tangible ou plus intangible.

  1. Environnement de travail
  2. Digital
  3. Gouvernance et communautés
  4. le Sens

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1/ – Environnement de travail.

Alexandre Jost met en avant l’importance des transformations de nos lieux de travail, du flex office aux bureaux nomades, Il relève que travailler dans un autre espace de travail, c’est changer les flux d’informations, changer les rapports humains, ce sont des rencontres avec d’autres styles de personnes. Tout ce monde physique est en train de transformer la nature de nos rapports entre être-humains.

 2 / – Digital

  • Les réseaux sociaux permettent d’échanger de l’information, de façon transparente et accessible à tous. Ils horizontalisent les relations, changent la manière dont nous accueillons et transformons les informations.
  • le digital est une révolution en terme de gouvernance.

Le digital transforme aussi notre cerveau en créant de nouvelles connexions par d’autres sollicitations. Un plus grand nombre d’idées se croisent, se rencontrent … Les échanges digitaux  créent  une nouvelle strate de la réalité.

3/ La gouvernance

Il s’invente de part et d’autre de nouvelles organisations de travail. L’auto-organisation transforme les communautés qui veulent changer la façon de travailler suivant des valeurs affichées. Pour le moment, c’est un changement organique mais qui peut devenir accompagné.

4/ La quête de sens.

Alexandre Jost nous fait part d’une enquête réalisée sur le thème : le travail vous évoque quoi ?

Il y ressort 3 groupes de mots :

Des négatifs, des neutres et des positifs.

On peut voir que la vision ou les valeurs surdéterminent l’expérience ou le vécu.

Notre vision est une invitation à trouver du sens au travail. De plus en plus, les salariés cherchent un travail qui fait sens avec leurs valeurs intrinsèques.

Alexandre Jost a fait un parallèle avec une disposition de la loi PACTE qui permettra aux entreprises de donner un sens plus sociétal à leur objet social, pour celles qui le souhaiteront.

En conclusion, pour Alexandre Jost, ces mutations sont des vecteurs puissants pour redessiner notre expérience au travail, le vecteur de l’entreprise et l’économie même de notre pays.

Voici donc ici deux  entrées différentes pour aborder ces questions essentielles de l’évolution de notre économie au regard des mutations actuelles et du bien- être au travail.    Ces deux exposés complémentaires ont en commun d’être tous les 2 animés par des humanistes et je les en remercie.

Je remercie aussi tous ceux qui ont contribué au développement de cette conférence, qui lui ont apporté leurs contributions par leur travail ou par leurs questions que je n’ai pas le temps de reporter ici.

Elles seront sources d’autres rencontres.

A bientôt sur ce sujet .

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